«
Qu’est-ce que la télésanté ? Grâce aux réseaux de télécommunications (téléphones, internet, lignes spécialisées, satellites…) les médecins échangent des informations, effectuent des consultations, interprètent des images médicales à distance. Cette nouvelle technique permet d’abolir les distances, d’éviter les déplacements et l’hospitalisation. Elle permet également de maintenir le patient dans un environnement favorable, et d’envisager une amélioration de la qualité des soins ». C’est en ces termes que l’association
CATEL, réseau de plus de 7 000 acteurs de la télésanté (professionnels de santé, entreprises, institutionnels…) a défini, hier, cette pratique médicale innovante, à l’occasion du Congrès « Télésanté 2008 » qu’elle organisait.
Diagnostic à distance
Diffusé par visioconférence, ce rendez-vous interactif annuel des professionnels en la matière a réuni pas moins d’un millier d’experts des quatre coins de la France, du Québec et de l’Afrique, venu découvrir une vingtaine d’innovations en télémédecine, télé-expertise, téléassistance et téléformation médicales. Les entreprises françaises
CAMKA System et
Numérique Assistance y ont, par exemple, présenté le « Kit SOS » : une valise de télémédecine. «
Il s’agit d’une trousse composée d’un ordinateur portable doté d’un micro, d’une caméra, connecté à Internet par Wi-Fi, et contenant des capteurs biomédicaux. Ce système est simplifié à l’extrême : il peut être utilisé par n’importe qui, afin qu’un médecin réalise un check-up en urgence et à distance d’une personne malade » a expliqué Pierre Couedelo, président de CAMKA System. Testé en situation réelle, lors du festival de musique des vieilles charrues qui réunit pas moins de 200 000 personnes en pleine campagne, à Carhaix, en Bretagne, le Kit SOS s’est avéré particulièrement efficace : mis à la disposition des secouristes sur place, il a permis de réaliser des électrocardiogrammes et d’analyser la teneur en oxygène dans le sang ou la qualité du souffle des personnes ayant des malaises, par exemple. Lancé sur le marché à l’automne 2007, le dispositif est couramment utilisé en Afrique, au Maghreb et au Moyen-Orient. Ses concepteurs espèrent pouvoir bientôt le mettre aussi à la disposition de la France.
Surveiller les populations fragiles
Autre innovation dans le domaine de la téléassistance et de la télémédecine : les Vill’âges MEDeTIC. «
Des lieux de vie adaptés à une population âgée souhaitant rester à proximité de leur lieu de vie habituel, en gardant leur autonomie et leurs liens sociaux, cela tout en profitant d’une sécurisation de leur environnement et d’une surveillance médicale personnalisée au sein d’un réseau de soins, avec l’apport des nouvelles technologies de l’information et de la communication (...) » présente Claude Deroussent, président fondateur de l’association
MEDeTIC (Médecine et développement des technologies de l’information et de la communication) à l’initiative de ce projet.
Concrètement ces « résidences intelligentes » pour personnes âgées seraient équipées de capteurs permettant de détecter la fumée, la lumière, les mouvements, les inondations et d’alerter, si nécessaire, les secours. Les appartements seraient aussi équipés de caméras et de micros permettant de communiquer avec une assistance médicale. «
Divers projets de création de résidences sont à l’étude avec les débuts de construction de plusieurs résidences pour cette année 2008. Ainsi 140 logements sont en cours de promotion par des partenaires immobiliers, et avec l’aide des collectivités locales, dans les départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et des Vosges » se félicite Claude Deroussent.
Dépister les maladies à distance
De son côté, le projet de l’ONG italienne «
Patologi Oltre Frontiera » s’appuie sur la téléformation et la télé-expertise en Afrique afin d’améliorer le dépistage du cancer du col de l’utérus, première cause de mortalité des femmes en Afrique subsaharienne. Ainsi l’association de pathologistes italiens a construit un petit laboratoire d’Anatomie pathologique en Zambie, et a commencé la formation de deux cytotechniciens zambiens en leur enseignant à préparer et à lire des tests. «
Depuis 2007, ces deux jeunes sont aptes à préparer des lames histologiques et à les transformer en lames virtuelles, qui sont ensuite visualisées par les pathologistes italients à travers une connexion satellitaire » précise Agostino Faravelli, vice-président de l’ONG. Reste le problème majeur du coût : les appareillages et la connexion satellitaire valent, en effet, très cher à l’ONG qui souhaiterait pourtant apporter son aide à d’autres pays africains. «
Si plus de professionnels nous rejoignaient, expérimentaient ce type de pratique, et davantage d’hôpitaux s’abonnaient en télétransmission satellitaire, ces coûts baisseraient » a rappelé Agostino Faravelli.