
En 2006, 60 000 entreprises ont été créées par des femmes. © Naja.
En s’appuyant notamment sur quelques structures d’accompagnement et des réseaux dédiés aux femmes investisseurs et créatrices d’entreprises, la féminisation des cercles de pouvoir économique progresse en France. Un phénomène qui suscite l’espoir de voir les femmes réinventer les règles du monde de l’entreprise.
« En investissant peu à peu les lieux de décision, les femmes contribuent fortement à l’innovation sociétale », estime Frédérique Clavel, présidente de l’incubateur (1) d’entreprises de services innovantes « Paris Pionnières », spécialisé dans le soutien aux créatrices d’entreprises. Pour elle, les femmes font notablement évoluer les règles qui régissent le monde du travail : « elles introduisent dans l’entreprise une nouvelle façon de manager, plus participative, moins hiérarchique. Elles sont beaucoup plus souples que les hommes, notamment sur les horaires de travail, car elles focalisent plus sur le résultat que sur les formes. Elles imposent aussi une conception plus esthétique et éthique du produit. »
Un avis partagé par Marie-José Ley, conseillère en création et développement à la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris (CCIP) : « nous soutenons 400 créateurs par an, et je n’ai jamais vu un projet de développement durable porté par un homme. Les femmes sont plus sensibles à la démarche éthique. Elles sont aussi plus ouvertes aux besoins des clients, plus sensibles à leurs attentes, et réagissent plus vite pour adapter leur produit. En ce sens, elles sont plus novatrices que les hommes, qui sont plus têtus. »
"Les femmes doivent être moins timides"
Conscientes de leurs atouts, les femmes sont de plus en plus nombreuses à se lancer dans la création d’entreprises, puisque, selon Marie-José Ley : « elles représentent un tiers des projets que nous soutenons, contre un quart il y a quelques années à peine. Mais de nombreux obstacles subsistent, notamment du fait que les interlocuteurs des jeunes créatrices sont surtout des hommes. Pour présenter un projet, certaines belles femmes s’enlaidissent pour ne pas être jugées seulement sur leur apparence, car pour beaucoup d’hommes, beauté rime toujours avec bêtise. » Autre difficulté que les créatrices d’entreprise doivent surmonter : « leur manque d’ambition. Alors que les hommes gonflent sans problème les chiffres de leurs projets, les femmes se montrent trop timides et ne sont souvent pas éligibles à nos financements », regrette Béatrice Jauffrineau, présidente du réseau Femmes Business Angels, qui met en relation des femmes investisseurs avec des porteurs(teuses) de projets.
60 000 entreprises créées par des femmes en 2006
Un réseau unique en France, qui vise à renforcer le pouvoir de décision des femmes dans l’économie. Un objectif que suit également l’incubateur Paris Pionnières : depuis sa création en 2003, il a reçu plus de 400 demandes en hébergement, a accueilli 72 projets en pré-incubation (préparation du dossier avant l’incubation), 17 en incubation, et a permis de créer 50 emplois. Hébergées au cœur du Sentier, les créatrices d’entreprise y reçoivent une aide spécifique : « on fait beaucoup de coaching pour travailler la confiance en soi, pour démontrer aux femmes que leurs projets ont de la valeur, et pour booster leurs prétentions », explique Frédérique Clavel.
Selon une étude de l’Insee, plus de 60 000 entreprises individuelles ont été créées par des femmes en 2006, essentiellement dans les petits commerces et les services à la personne.
(1) incubateur : lieu d’accueil et d’accompagnement des entreprises en création, qui héberge notamment leur siège social.