vendredi 3 septembre 2010 - n°865

Fabrique du Futur : La transdisciplinarité et le consommateur au cœur de l’innovation

Les premières "Tables rondes du Futur" se sont tenues vendredi dernier à la Bourse de commerce de Paris. ©Julien Brumauld/NAJA
Les premières "Tables rondes du futur", organisées par "La Fabrique du Futur", une association d’intérêt général réunissant des experts inter-disciplinaires sur le thème de la prospective et de l’innovation, se sont tenues, vendredi dernier à la Bourse de commerce de Paris. Une dizaine d’experts issus d’entreprises, d’universités ou d’associations, sont intervenus tour à tour, et ont débattu sur le thème « De nouvelles voies pour l’innovation : de l’imaginaire à la co-création ». Deux concepts phares sont ressortis de ces rencontres : la transdisciplinarité et l’innovation ascendante.
« Tout ce qui peut être imaginé est réel ». C’est sur cette citation de l’artiste Pablo Picasso que se sont ouvertes les premières Tables rondes du Futur, vendredi dernier, à la Bourse de Commerce de Paris. Organisées par La Fabrique du Futur, une association d’intérêt général réunissant des chercheurs de toutes disciplines autour de la prospective et de l’innovation, ces conférences ont réuni une dizaine d’experts travaillant sur l’innovation, issus de grandes entreprises, d’associations ou d’universités autour du thème « De nouvelles voies pour l’innovation : de l’imaginaire à la co-création ». Comment créer de l’innovation et la faire adopter par les consommateurs ? Telle est la question à laquelle se sont efforcés de répondre les intervenants des tables rondes durant 3h30.

Transdisciplinarité oblige

Deux idées phares, interdépendantes l’une de l’autre, sont ressorties de ces conférences : la première est la nécessité de constituer une équipe transdisciplinaire pour créer de l’innovation. « L’innovation naît d’une fertilisation croisée » a résumé François Denieul, directeur du Laboratoire espaces intelligents, une association regroupant de jeunes architectes, designers, et des étudiants du séminaire de ce dernier, professeur à l’Ecole nationale supérieure d’architecture, de Paris Val de Seine. La seconde est la nécessaire prise en compte des attentes du consommateur, ce que les chercheurs ont baptisé "l’innovation ascendante" : . Car, « une innovation c’est une invention à laquelle les utilisateurs donnent un sens  » a rappelé Eric Dagiral, docteur en sociologie, tout en ajoutant, que « le vibraphone, par exemple, inventé par Graham Bell en 1876, qui a donné naissance au téléphone, n’était pas destiné, au départ à servir aux communications privées  ». Premier point, donc : réunir des chercheurs de toutes disciplines. François Denieul, explique, par exemple, qu’il recrute pour son association dédiée à l’innovation, des profils en « T » : « la barre verticale de la lettre représentant la formation initiale, la barre horizontale, la potentialité à travailler de manière transversale. » Architectes, scientifiques et experts en sciences humaines forment donc son équipe.

Prendre en compte l’inconscient collectif

Même démarche dans de grandes entreprises telles que la SNCF ou EDF : « nous sommes sortis du tout technique depuis des années » explique Laurence Hervé, responsable du Pôle innovation de la SNCF. Ainsi pour améliorer ou créer de nouveaux services, l’équipe s’est enrichie, de linguistes, de psychologues, de neurologues… Une transdisciplinarité au service de l’innovation car elle permet de mieux appréhender les attentes du consommateur. La SNCF travaille par exemple, sur la perception du voyage : le bruit, les vibrations du train, la température dans les wagons, l’ambiance lumineuse… « Or, nous nous sommes aperçus, que parfois, quand il n’y a pas assez ou trop de vibrations dans le wagon, le voyageur a, paradoxalement, un sentiment d’insécurité ! ». L’innovation loin de se résumer aux nouvelles technologies, doit donc également prendre en compte l’inconscient collectif.

Assurer les attentes des consommateurs

Et pour s’assurer que le consommateur adoptera l’invention dans son quotidien, les entreprises ont adopté le concept "d’innovation ascendante", qui se fonde sur les usages et les attentes du consommateur pour élaborer l’innovation. Cette création se traduit par deux démarches, non exclusives l’une de l’autre : certaines sociétés, testent et analysent, en amont, les besoins et les difficultés présentes rencontrées par les usagers. C’est le cas d’EDF par exemple, qui réalise durant plusieurs jours, en condition réelle, des enquêtes sociologiques, techniques et ergonomiques chez ses clients, afin de déterminer les difficultés qu’ils rencontrent au quotidien.
D’autres testent, en aval, les prototypes et produits inventés, auprès des utilisateurs, grâce à des procédés innovants, qui simulent de la façon la plus réaliste possible l’objet en situation. Virtools, par exemple, est un logiciel de création d’applications 3D temps réel, élaboré par la société Dassault Systèmes, qui est utilisé par diverses entreprises pour analyser les réactions des utilisateurs finaux, face au produit innovant, présenté virtuellement.

Impliquer les usagers

Reste qu’il est également possible d’engager directement le consommateur dans la démarche même de création innovante, ce que fait la Fédération multivilles, une association qui réunit de grands acteurs de l’immobilier tels qu’Urbania ou l’agence Laforêt, pour mieux gérer l’espace urbain. Son ambition : permettre aux citoyens de participer à l’élaboration future de leur ville en les associant de façon concrète aux agences immobilières, à savoir en les incitant à prendre des parts dans l’entreprise afin d’intervenir sur ses activités
Un procédé de co-gestion de l’innovation qui reste toutefois encore trop rare dans les grandes entreprises, a très justement fait remarquer un universitaire présent dans la salle.


Destinataire  :
(entrez l'email du destinataire)

De la part de 
(entrez votre nom)

(entrez votre email)