« Faire tomber le mur qui se dresse entre médias et banlieues. Abolir la distance entre journalistes et habitants des cités dites sensibles. » Telle est l’ambition de l’association Prise directe, créée il y a sept mois, par des journalistes « inquiets des clichés persistants » sur la banlieue. A l’initiative du projet : Jean-Baptiste François, 28 ans, journaliste au magazine étudiant « Phosphore », et originaire de Bobigny (93). « L’idée de cette association est née en 2005 lorsque j’ai vu à la télévision les émeutes en banlieue. J’ai pleuré devant mon écran en regardant des images de ma ville en feu. Les médias ne parlent de la banlieue qu’en temps de crise. J’en ai eu assez de ce prisme médiatique déformant, j’ai eu envie que des personnes vivant en banlieue relaient une autre image des lieux » explique Jean-Baptiste François.
Formateur pour les jeunes de banlieue...
Le journaliste, décide alors de mettre à la disposition de jeunes volontaires déscolarisés ou en recherche d’emploi, issus de la mission locale intercommunale d’Epinay-sur-Seine, Villetaneuse, L’Île-Saint-Denis et Saint-Ouen (93), des moyens d’expression, tels que la vidéo, la photo ou la rédaction. Et, parce que les techniques journalistiques « demandent un apprentissage et de la rigueur », il organise des ateliers composés de rédacteurs, photographes et cameramen professionnels pour former ces jeunes. Grâce à une subvention de 13 000 euros, remise par le Conseil général de Seine-Saint-Denis, l’association achète des appareils photos, une caméra et indemnise les professionnels.
Aujourd’hui une dizaine de filles et de garçons, âgés entre 18 et 24 ans, originaires des quatre villes, ont ainsi pu être formés et réalisent régulièrement des articles. L’équipe se réunit le samedi matin, pour déterminer les sujets et leurs traitements. Ainsi deux articles, vidéos ou reportage photo sur la banlieue sont réalisés dans la semaine et publiés sur le blog de l’association. L’internaute, peut, par exemple, lire une interview de Gilbert Bonnemaison, l’ancien maire d’Epinay qui raconte quelques unes de ses expériences en vingt-six ans de mandat, ou encore regarder une vidéo de la cinquième édition du tournoi de basket de rue Quai 54, qui s’est déroulée les 30 juin et 1er juillet, à la Porte Dorée, à Paris.
... Et pour les journalistes
L’intérêt de cette forme de journalisme participatif est donc double : « pendant que les jeunes affinent leur regard et leurs moyens d’expression, les journalistes, de leur côté, sont en « prise directe » sur le terrain, ce qui leur évitera stéréotypes et approches naïves dans leurs futurs reportages sur ce qui fait la France d’aujourd’hui » souligne l’association. Un échange de bons procédés en somme.