mardi 9 février 2010 - n°724

Prison : Réinsertion écologique à Bastoey

L’ancien orphelinat faisant office de prison à Bastoey. © www.kriminalomsorgen.no
Bastoey, en Norvège, fait figure de prison modèle. Cette île accueille depuis dix ans un centre de détention à ciel ouvert. Les prisonniers, dont certains sont des tueurs, purgent leur peine en s’adonnant à l’élevage, la menuiserie ou la pêche. Une seule évasion a été recensée au cours des six dernières années. De plus, les faibles mesures de sécurité déployées font de cet établissement pénitentiaire le moins coûteux du pays.

La Norvège a l’un des taux de criminalité les plus bas d’Europe. Cela l’autorise à des expérimentations dans le domaine pénitentiaire. Parmi celles-ci, la plus réussie est la prison à ciel ouvert de Bastoey, créée en 1997. Située sur une île du fjord d’Oslo, elle accueille 115 détenus et 70 gardes. Ces derniers ne sont pas armés. Pourtant, parmi les prisonniers, on dénombre des assassins ou des violeurs. Les mesures de sécurité sont toutefois si peu élevées que Bastoey est la prison dont le coût par prisonnier est le plus faible du pays.

La réinsertion par la nature

Les autorités prônent l’humanisme, le respect et la confiance. Elles comptent sur le cadre de vie, au contact de la nature, pour faciliter la réinsertion des détenus. C’est dans un ancien orphelinat qu’ils résident. Ils vivent par petits groupes dans des maisons en bois sans barreaux. Les prisonniers les entretiennent à l’aide d’outils dangereux que tout autre pénitencier refuserait de fournir.

Surtout, ils se livrent sept heures par jours à des travaux tels que l’agriculture biologique, l’élevage de moutons, la pêche au homard en mer, la menuiserie ou le nettoyage des plages ouvertes aux plaisanciers. C’est sans doute cette activité qui pose le plus de problème. Car les détenus sont souvent confrontés à la curiosité malsaine de touristes venus voir des assassins de leurs yeux. Une fois leur journée de travail achevée, les prisonniers s’adonnent à divers loisirs selon les saisons : tennis, promenade à cheval, ski, musique. Ils ont le droit en outre à une permission de 18 jours par an et 30 s’ils ont des enfants. Les familles peuvent aussi leur rendre visite tous les week-ends.

Les détenus gèrent le ferry qui relie l’île au pays

Aucune statistique n’existe concernant le taux de récidive chez les détenus ayant purgé leur peine à Bastoey. Mais le modèle semble fonctionner. Ainsi, en six ans, une seule personne a tenté de prendre la clé des champs. Car toute infraction condamne le fautif être renvoyé à dans une prison classique. Preuve ultime de la confiance accordée aux détenus, ce sont eux qui gèrent les navettes en ferry entre l’île et le continent.



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